PET SHOP BOYS IN PARIS
 
BIOGRAPHIE
Neil Tennant
Le futur chanteur et parolier des Pet Shop Boys est né le 10 juillet 1954 à North Shield, dans la banlieue Est de Newcastle Upon Tyne, dans le Nord de l'Angleterre. Il est le deuxième d'une famille de quatre enfants. Très jeune, Tennant est attiré par les arts, comme il l'a plus tard chanté dans l'autobiographique Left to my Own Devices ("I was faced with a choice at a difficult age / Would I write a book ? Or should Itake to the stage ?"). Spectateur assidu du Top of the Pops, il a à peine dix ans lorsqu'il envisage d'écrire une comédie musicale. Après avoir taté du violoncelle, il se met à la guitare à l'age de douze ans. (Avec les Pet Shop Boys, on peut l'entendre en jouer sur des morceaux comme Domino Dancing, Boy Strange ou Home and Dry.) A l'age de seize ans, il fait ses débuts musicaux au sein de Dust, éphémère formation d'inspiration folk. Il reve de devenir une pop-star.
Adolescent, Tennant commence à se sentir en porte-à-faux avec son environnement, qu'il juge trop étriqué. « À la maison, la culture ne comptait pas. Je devais me débrouiller seul pour les livres... Dès que j'ai pu, j'ai rejoint le People's Theatre, une troupe de Newcastle. De onze à dix-huit ans, j'y ai joué et écrit. Je n'étais pas très doué sur scène, mais j'adorais l'écriture, mêler les mots et la musique. » À des relations tendues avec ses parents - « Parfois, ils m'enfermaient pour m'empêcher de sortir... » - s'ajoute une scolarité pesante qui achève de l'inciter à fuir. Dès ses dix-huit ans, il quitte Newcastle pour Londres. « Ma vie a basculé le jour où je suis arrivé dans cette ville. Je me suis retrouvé à partager un appartement avec un étudiant en mode, qui m'a emmené pour la première fois de ma vie dans un night-club. Je trouvais ça fantastique, moi qui n'avais jamais pu sortir en boîte, jamais bu ces cocktails onéreux. »
Jusqu'en 1975, Tennant suit des études d'histoire. Puis il commence à travailler. D'abord chez l'éditeur de comics américain Marvel, où il est chargé d'angliciser l'orthographe et de rhabiller les personnages féminins trop dénudés. Il y reste deux ans. Après deux autres postes chez des éditeurs, il est engagé en 1982 par le magazine musical pour adolescents Smash Hits. Avoir un travail n'empêche pas Tennant de continuer à composer et à aspirer, pendant un temps, faire carrière dans la musique. « Arrivé en 1980, j'ai tiré un trait sur ma carrière, se souvient-il cependant en 1996. J'avais vingt-six ans, ce n'était pas raisonnable de débuter à cet âge-là, les gens commençaient à me regarder bizarrement quand j'affirmais vouloir chanter... » Puis, à l'été 1981, il rencontre Chris Lowe, dans une boutique de hi-fi.
Pendant les deux années qui suivent, les deux hommes composent et répètent. «Au début, nous pensions prendre un chanteur, mais nous n'en trouvions pas. Alors, par défaut, je suis devenu le chanteur des Pet Shop Boys. » Finalement, en 1985, le duo signe un contrat avec EMI. Tennant démissionne de Smash Hits (qui publie une fausse nécrologie de lui) pour se consacrer entierement a son groupe. Repute pour sa politesse et son serieux - il faut l'entendre evoquer son groupe avec le ton d'un universitaire, Neil Tennant tranche avec l'idee que l'on se fait du musicien pop. Une anecdote veut d'ailleurs que, lors de l'enregistrement de Please, le proprietaire du studio lui ait dit : « Vous etes le chanteur ? Je pensais que vous etiez le manager. » Si le role de Lowe n'est pas a sous-estimer, c'est neanmoins sans doute grace àl'obstination de Tennant A etre le seul maitre de son destin (et en particulier à fuir tout determinisme social) que les Pet Shop Boys menent depuis plus de vingt ans une carrière sans faux pas.
Chris Lowe
Né le 4 octobre 1959 à Blackpool, une station balnéaire sur la mer d'Irlande, le futur claviériste des Pet Shop Boys est l'aîné de quatre enfants. Son enfance est calme : « J'étais toujours sage, raconte-t-il en 1989. J'aimais assez l'école et les devoirs. Je m'asseyais au premier rang, me faisais bien voir des professeurs, obtenais 20/20 aux examens et finissais premier de la classe. » Vers dix-onze ans, il commence à étudier le piano et le trombone. Malgré les dispositions qu'il manifeste vite, la musique reste pour lui un hobby — il est capable de passer des heures à improviser, mais oublie aussitôt ce qu'il vient d'inventer. « Mes parents n'étaient pas comme la plupart. J'étudiais ; ils me disaient : "Concentre-toi sur la musique". Je me disais : "C'est hors de question". Je savais que les musiciens avaient souvent du mal à joindre les deux bouts. » Lowe participe néanmoins à plusieurs formations : Stallion, d'abord, un groupe de heavy metal pour lequel il joue des claviers ; puis l'orchestre de son lycée, en tant que tromboniste. Avec six condisciples, il forme à cette époque One Under The Eight, un septuor de jazz-cabaret qui se spécialise dans les reprises de standards.
En 1978, il part à Liverpool étudier l'architecture - un métier auquel il se destine depuis tout jeune. Combinée à sa récente découverte du disco, la vie étudiante est une révélation pour Lowe, qui devient bientôt un infatigable fêtard. Lowe n'abandonne pas les études pour autant, puisque c'est alors qu'il effectue un stage dans un cabinet d'architectes londonien qu'il rencontre Neil Tennant, en août 1981. Très vite amis, les deux hommes se mettent assidûment à la musique. Le retour de Lowe à Liverpool, en 1982, ne brise pas cette dynamique. Jusqu'à l'obtention de son diplôme, il effectuera de fréquents allers-retours pour poursuivre cette collaboration.
Une fois diplômé, Lowe s'inscrit au chômage et s'installe à Londres. Peu à peu, convaincu par la détermination de Tennant, il décide de se consacrer exclusivement à la musique. Sa famille accueille cette nouvelle avec enthousiasme. Ce sont d'ailleurs ses grands-parents qui financent son billet pour New York lorsque le duo part enregistrer avec Bobby Orlando, fin 1983.
Si l'on se fie à son humour (auto)-dépréciateur, à l'oisiveté dont il aime faire profession et à l'air distant, voire renfrogné, qu'il arbore souvent, on pourrait croire que c'est à contrecoeur que Chris Lowe est membre des Pet Shop Boys. Rien n'est moins vrai. Car, comme l'explique Tennant en 1996, « Chris est un véritable hédoniste. » Mais un hédoniste en creux, en quelque sorte, dans ce sens qu'il formule plus facilement les contraintes qu'il fuit que les plaisirs qu'il recherche. Un mode de fonctionnement que l'extrait d'une interview de lui repris sur Paninaro illustre clairement : « I don't like country-and-western / I don't like rock music / I don't like, I don't like rockabilly or rock'n'roll particularly / Don't like much really, do I ? / But what I do like I love passionately. »
Pet Shop Boys
« Chris et moi avions des amis qui travaillaient dans une boutique d'animaux familiers. Tout le monde les appelait les Pet Shop Boys, et nous leur avons suggéré de monter un groupe avec ce nom, qui nous évoquait le hip-hop. Puis nous l'avons adopté. » Il remplace West End, nom initial du duo.
Pendant longtemps, une rumeur, apparue peu après la sortie de West End Girls, a voulu que ce nom fasse référence à une pratique homo-zoophile avec des ham-sters. Tennant : «Je me souviens avoir appris cette rumeur de la bouche d'une journaliste. J'étais horrifié. Un temps, nous avons envisagé de changer de nom, puis nous nous sommes dit, "Oh well..." ».
Textes
« Sometimes, you 're better off dead / There is a gun in your hand and it's pointing at your head. » Ces mots - les premiers de West End Girls - illustrent la volonté de Neil Tennant de placer d'emblée les Pet Shop Boys parmi les groupes et chanteurs pop (tous styles confondus) pour qui les paroles ne sont pas un élément accessoire. Cette ambition va étonner d'autant plus qu'à ses débuts, le duo côtoie en haut des charts des « artistes » de pop commerciale dont les textes sont toujours particulièrement niais.
Dans les premières années de sa carrière, le groupe va d'abord marquer les esprits avec plusieurs morceaux (comme Opportunities, Rent ou Shopping) évoquant crûment - et non sans ironie - l'argent et la cupidité, des sujets pratiquement tabous dans le monde consensuel de la pop. « C'était les années 1980, explique Tennant, l'époque de Thatcher. Tout à coup, il y a eu un énorme changement de mentalité dans le pays, et gagner de l'argent a commencé à être bien vu. Opportunities se moque de cet état d'esprit. » À l'époque, ce trait étonne d'autant plus qu'il émane d'un groupe très populaire, et donc potentiellement très riche (on estime aujourd'hui sa fortune à 80 millions de livres). S'il délaisse ce thème au début des années 1990, le duo poursuit néanmoins dans une veine similaire avec How Can You Expect to Be Taken Seriously ?, Miserablism, Yesterday, When I Was Mad ou Shameless, textes posant un regard sans aménité sur le show-business.
En fait, ces sujets ne sont qu'une facette d'une caractéristique fondamentale de l'écriture de Tennant : le naturalisme. Nombreuses sont ses chansons évoquant des événements historiques (comme ln the Night, inspirée par un livre sur Paris sous l'occupation ; Don Juan, allégorie sur la situation dans les Balkans à la veille de la Seconde Guerre mondiale), citant des villes, des marques et des produits (Sun West, sur This Must Be the Place..., est une marque de pain de mie), des personnages célèbres, des technologies (E-mail). Qu'il fasse oeuvre de fiction ou qu'il s'ins-pire de sa vie privée (comme à l'occasion de Left to My Own Devices, de The Ghost of Myseif ou des morceaux évoquant son éducation ), Tennant utilise ces détails pour planter un décor, bâtir une histoire, ébaucher la personnalité du narrateur, esquisser ses origines sociales (une constante chez le chanteur des Pet Shop Boys, comme en témoignent West End Girls, The Theatre, Young Offender, London, etc.). Il donne ainsi à ses paroles une épaisseur propice à sug-gérer une histoire et à inciter l'auditeur à s'interroger sur leur éventuelle signification. À ce titre, Tennant rejoint Ray Davies des Kinks, Joe Strummer du Clash, Morrissey ou encore Jarvis Cocker de Pulp parmi les paroliers de pop anglaise les plus intéressants.
À cet aspect fondateur viennent s'ajouter d'autres éléments ou habitudes, moins prépondérants, mais suffisamment récurrents pour contribuer à la définition du « style Tennant ».
Les références à l'histoire de la Russie ou à l'URSS sont un d'entre eux. « C'est un sujet qui m'intéresse depuis tout jeune, explique Tennant en 1997. Je ne sais pas pourquoi. » Parmi les morceaux les plus représentatifs, on pourra retenir : West End Girls, où la phrase « From Lake Geneva to the Finland Station » renvoie au voyage de Lénine dans un train blindé, en 1917 ; My October Symphony, inspiré par le fait que de nombreux artistes soviétiques ont dû produire des œuvres d'art officielles pour commémorer la Révolution d'octobre ; Silver Age, qui fait référence à l'Age d'argent, période allant de 1890 à 1917 et au cours de laquelle s'est produite en Russie une explosion de courants littéraires, philosophiques et artistiques qui ont révélé (entre autres) le danseur Nijinski et le compositeur Stravinsky ; et London, qui narre l'escapade à Londres de deux jeunes déserteurs russes, et qui a été inspiré à Tennant par le nombre croissant de Russes à Londres ces dernières années.
Les clins d'oeil littéraires sont une autre des marottes du chanteur. Avec trois références, Oscar Wilde est l'auteur le plus cité par Tennant. On le retrouve dans Jack the Lad, où la phrase « To feast with panthers every night » est emprunté à De Profundis, lettre écrite par Oscar Wilde pendant sa détention ; I Get Excited (You Get Excited Too), où la phrase « We're lying in the gutter but we're looking at the stars » paraphrase une réplique de sa pièce L'Éventail de lady Windermere ; et DJ Culture, où la phrase « And I, my lord, may I say nothing ? » est une référence -incorrecte - à des paroles prononcées par Wilde à la fin du procès où il a été condamné aux travaux forcés (dans la vidéo, Neil Tennant apparaît en Oscar Wilde). Il arrive également à Tennant de piocher les titres de ses morceaux au fil de ses lectures (Your Funny Uncle est tiré d'um poème de John Betjeman ; Can You Forgive Her ? reprend le titre d'un roman d'Anthony Trollope) ou faire des références directes à des auteurs (comme dans Being Boring, où les vers « Someone's wife, a famous writer / in the nineteen-twenties » renvoient à l'auteur américaine Zelda Fitzgerald, femme de F. Scott Fitzgerald).
Enfin, comme nous l'avons suggéré plus haut, il faut souligner l'importance que Tennant accorde à l'écriture elle-même. Très à l'aise avec le style lapidaire que requièrent les chansons, il est l'auteur de formules élégantes et efficaces comme (liste non exhaustive) « You always wanted a lover / I only wanted a job » qui ouvre What Have I Done to Deserve This ?, le remarquable zeugma « Piles of toasts and broken promises » de The End of the World, et le lumineux « We sailed on a fishing-boat / between these two shores / The Island of Loyers / and the Island of Whores » de Between Two Islands (face B de I Get Along). Dans le même ordre d'idée, on notera la constance avec laquelle Tennant essaime ses textes de mots qu'il est peut-être le seul à avoir jamais utilisé dans le cadre de la musique pop. Haversack (Being Boring), bibliophile (Hey, Headmaster), fin-de-siècle (en français dans Decadence), sequins (The Survivors) ne sont que quelques exemples. La découverte de ces pépites - qui donnera à l'anglophile un agréable sentiment d'érudition - n'est pas le moindre des plaisirs que constitue l'écoute des Pet Shop Boys.
Style
Il eut été étonnant qu'un groupe aussi méticuleux que les Pet Shop Boys néglige son look. Vue sous cet angle, la carrière du duo se découpe en deux périodes. La première, jusqu'à Discography en 1991, est résumée par la photo de pochette de cette compilation. Tennant est en costume, tiré à quatre épingles. À côté de lui, avec sa tenue décontractée, Lowe a l'air d'un adolescent. Sa tenue est complétée par un chapeau et des lunettes noires, deux éléments fondamentaux de son habillement. (À tel point que, au cours des dix dernières années, les photos où il ne porte pas un de ces deux accessoires sont extrêmement rares.)
En 1993, Very annonce un tournant. « C'était l'époque du grunge, se souvient Lowe. Tout le monde portait des jeans larges, des t-shirts et des sweat-shirts. Nous ne voulions pas avoir cet air ordinaire, mais nous ne voulions pas non plus porter des vêtements fashion. Nous voulions être uniques, comme hors du monde. » C'est David Fielding, responsable des costumes et des décors de la tournée Performance, qui imagine les désormais fameux combinaisons et chapeaux pointus oranges que le groupe arbore pour cet album. S'il a déjà porté des costumes délirants en concert, que le groupe revête ces tenues pour ses photos de presse et ses clips suggère qu'il est désormais prêt à assumer totalement son goût pour l'outrance. Une évolution confirmée par les fez et djellabas blancs de la vidéo de Absolutely Fabulous, les masques d'escrime arborés sur la pochette de Alternative ou les perruques blondes, les vestes à l'aspect métallique et les jupes-culottes inspirées de l'habillement des samouraïs de Nightlife.
C'est pour éviter de tomber dans la caricature que les Pet Shop Boys reviennent régulièrement à un look plus discret - généralement à l'occasion d'albums plus dépouillés, comme Bilingual et Release. Ces jeux d'habillement font désormais partie intégrante de l'attente précédant la sortie de chaque nouveau disque.
Scène
Jusqu'en 1989, les Pet Shop Boys ne se produisent pratiquement pas live - à quelques rares exceptions près. À ce sujet, Tennant aime invoquer des raisons fumeuses : « J'aime l'idée de prendre le bus, de dîner avant le concert, de faire la fête après, de signer des autographes et de vider le rnini-bar, déclare-t-il en 1987. La seule chose que je n'aime pas dans les tournées, c'est être sur scène et avoir à chanter pendant longtemps. » L'année suivante, il explique : «Il y a quelque chose de macho à vouloir prouver qu'on peut jouer live. J'aime bien montrer que je n'en suis pas capable. Nous sommes un groupe pop, pas un groupe de rock. »
En fait, Tennant et Lowe, conscients qu'un simple concert, avec eux seuls sur scène, serait bien trop statique, désirent proposer un véritable spectacle, « mis en scène, comme une pièce de théâtre ou une comédie musicale ». Mais le coût prohibitif de leur projet les force à renoncer à deux tournées, en 1986 et 1987. En 1989, un promoteur japonais leur donne enfin les moyens de leurs ambitions. Pour leur première tournée, intitulée ,MCMLXXXIX et pour la suivante, Performance (1991), le duo met donc l'accent sur la mise en scène. Pour cela, il fait appel à des metteurs en scène venant du cinéma (Derek Jarman pour MCMLXXXIX) ou du théâtre et de l'opéra (David Alden et David Fielding pour Performance), s'entoure de nombreux choristes et danseurs et met en place un important light-show. Chaque morceau est accompagné soit par une chorégraphie, soit par une pantomime (ou par un film, au cours de MCMLXXXIX ), ce qui nécessite de fréquents changements de costumes et de décors. Pour Performance, les Pet Shop Boys vont jusqu'à installer en coulisses le guitariste et le claviériste qui les accompagnent - nombreux seront les spectateurs persuadés que la musique est sur bande.
Bien plus proches des comédies musicales que du rock, les spectacles du duo reposent sur la combinaison de saynètes très explicites (violence urbaine et domes-tique, sexualité) et de tableaux presque surréalistes - il faut voir Tennant et Lowe, au cours de Performance, vêtus de costumes aux couleurs vives, affublés de grosses moustaches et faisant du surf sur scène ! Dans la continuité des textes de Tennant, ils rendent ainsi tangibles le monde singulier des Pet Shop Boys. un monde instable, à la fois réel et onirique, paraissant aussi propice au désenchantement qu'à l'espoir, et dont l'ambiance n'est pas sans rappeler West Side Story. Le résultat est impressionnant. Aux fans du duo, il confirme que les Pet Shop Boys sont un groupe unique. Seuls quelques obstinés s'acharneront à nier l'évidence.
Considérant avoir fait leurs preuves, Tennant et Lowe abandonnent cette voie. Pour la tournée Discovery, fin 1994, ils cherchent à recréer l'ambiance d'une boîte de nuit. Sur scène, ils ne sont plus accompagnés que par une choriste, un claviériste, deux percussionnistes et quatre gogo dancers en maillots de bain. Pour qui n'est pas dans l'ambiance, Discovery souffre d'une certaine monotonie, à peine rompue par les quelques morceaux que Tennant interprète seul avec sa guitare. Le seul moment vraiment saisissant est Go West, où tous les exécutants sont affublés de combinaisons argentées et de chapeaux pointus qui s'illuminent comme des sapins de Noël.
À l'occasion de Somewhere, série de quinze concerts donnés en 1997 au Savoy Theatre, à Londres, et pour la tournée Nightlife, en 1999-2000, les Pet Shop Boys changent à nouveau leur approche. Limitant le nombre d'intervenants sur scène, le groupe décide de faire réaliser des décors par des artistes contemporains - à qui il s'est toujours beaucoup intéressé. Pour Somewhere, la photographe et vidéaste Sam Taylor-Wood conçoit un dispositif étonnant, consistant en deux écrans entourant une alcôve. Sur les écrans sont projetés des films montrant Tennant et Lowe avec des amis, chacun de leur côté. Lorsque le concert commence, les musiciens prennent congé. Au moment où ils quittent les écrans, deux portes s'ouvrent simultanément de part et d'autre de l'alcôve, et Tennant et Lowe apparaissent sur scène. À l'entracte (depuis toujours, les concerts des Pet Shop Boys se déroulent en deux parties), ils « réintègrent » leurs écrans respectifs. Pour Nightlife, les Pet Shop Boys sollicitent l'architecte Zaha Hadid, qui conçoit un décor modulable évoquant la proue d'un bateau, surélevé par rapport à la scène, permettant à Tennant, à la choriste Sylvia Mason-James et aux quatre danseurs-choristes (également charger de modifier le décor en cours de concert) de se déplacer sur plusieurs niveaux.
Nightlife marque une autre évolution : la réorchestration d'une partie du répertoire dans l'esprit du dernier album en date. Pour cette tournée, c'est le cas de Being Boring, Only the Wind ou Young Offender, qui prennent une tonalité électronique assez fascinante. Cette prédominance de l'aspect musical est confirmé avec la tournée Release, en 2002. À cette occasion, le décor est réduit à un empilement de flight cases. « Jusqu'à présent, nous étions connus pour l'aspect visuel de nos concerts, explique Tennant. Il nous semblait intéressant de nous présenter comme des musiciens, ce coup-ci. » Lowe, connu pour sa réticence à se produire live, joue « plus d'accords et de parties de piano », comme l'atteste la présence de partitions sur son instrument. En plus de Pete Gleadall, en charge des ordinateurs, le duo est accompagné par une percussionniste et par deux guitares électriques dont les interventions révèlent l'impensable : les Pet Shop Boys sont en train de devenir un groupe de rock ! Et ça marche, comme en témoigne la relecture de Love Cornes Quickly publiée en face B de I Get Along.
Extraits du guide MusicBook Pet Shop Boys de A.Z par Vincent Laufer paru en 2003